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Sangliers en ville : faute de chasseurs, la Mairie de Paris formerait ses agents au tir à l'arc

Sangliers en ville : faute de chasseurs, la Mairie de Paris formerait ses agents au tir à l'arc
© La Gazette du Sous-Bois

La harde était installée depuis l'aube au bord de l'allée cavalière, entre un vélo en libre-service abandonné dans un buisson et un panneau « Espace de biodiversité protégé ». Une dizaine de sangliers, parfaitement à l'aise, retournaient une pelouse municipale avec l'application méthodique d'une équipe de terrassiers. C'est cette scène, dit-on, qui aurait fini par emporter la décision : selon un document que La Gazette du Sous-Bois a pu consulter, la Ville de Paris envisagerait de former dès septembre une centaine d'agents municipaux au tir à l'arc pour réguler les sangliers des bois de Boulogne et de Vincennes.

C'est un revirement qui a le goût d'une petite revanche. Voilà des années que la métropole explique la nature à ceux qui y vivent, réglemente, encadre, vote des vœux en conseil. Les sangliers, eux, n'ont jamais lu une seule délibération. « On a beaucoup expliqué aux chasseurs comment faire les choses proprement. Nous allons enfin pouvoir montrer l'exemple », nous confie, sans rire, une cadre de la direction des espaces verts, croisée entre deux réunions et déjà légèrement pâle.

Un « brevet municipal » et un atelier de bienveillance

Le dispositif prévoit la création d'un « brevet municipal de régulation », accessible sans permis de chasser ni examen fédéral, mais assorti d'un module obligatoire de « bien-être animal appliqué », d'une charte de bienveillance et d'un atelier de « communication non violente avec la faune sauvage ». On ne précise pas comment l'on communique non violemment avec un mâle de cent vingt kilos qui a décidé que la plate-bande de bégonias lui appartenait, ni ce que répond ledit mâle.

Les agents volontaires suivraient une formation de trois week-ends, encadrée par des moniteurs fédéraux venus de province. On imagine ces derniers, thermos à la ceinture, découvrant l'accent parisien et l'idée qu'un après-midi de stage suffirait à remplacer vingt ans de terrain. Prévenants, ils auraient proposé de débuter « avec beaucoup de patience et quelques cibles en mousse », le temps que chacun apprenne la différence entre une flèche et un stylo. « On ne va pas les jeter dans le grand bain tout de suite », glisse l'un d'eux, avec la bonté un peu narquoise de celui qui a longtemps entendu qu'il faisait un métier de barbare.

La théorie, la pratique et le sanglier qui s'en moque

Car c'est là que le décor se fissure. Réguler une harde n'a rien d'un tir sur cible fluo à distance connue — un sujet que nous détaillons volontiers dans notre rubrique Territoires. Le sanglier ne prévient pas, ne se range pas dans un couloir balisé, ne respecte ni les horaires d'ouverture des parcs ni le règlement intérieur des espaces verts. Il faut du terrain, de la lecture d'animal, de la patience et beaucoup d'humilité — quatre denrées qui ne s'enseignent pas en trois week-ends.

Le plus savoureux tient dans un détail de calendrier. Le même conseil municipal qui, il y a peu, envisageait de restreindre encore la chasse alentour se retrouve à en organiser une, à l'arc, en interne, dans ses propres bois. « La nature a beaucoup d'humour », soupire un vieux garde forestier qui en a vu d'autres et se garde bien de proposer son aide. On retrouve cette même ironie dans le débat, bien réel celui-là, sur le rôle du loup dans la régulation des troupeaux : du sanglier au prédateur, la question de « qui fait le sale boulot » n'a pas fini de nous occuper.

Reste une solution que personne, à l'hôtel de ville, n'ose évoquer : il existait pourtant une méthode éprouvée, celle qui consiste à fixer un quota aux sangliers eux-mêmes. Elle a l'avantage de ne fâcher aucun électeur. Le sanglier, lui, continue de ne voter nulle part.

Reprenez votre souffle : aucun agent municipal ne court après un sanglier à l'arc dans les allées de Boulogne, et la Ville n'a rien signé. Vous lisez La Gazette du Sous-Bois, journal satirique où l'on imagine, de temps à autre, le jour où ceux qui expliquent la nature depuis un bureau climatisé devraient s'y coller pour de vrai. Si l'histoire vous a fait sourire — ou bondir —, c'est qu'elle a touché un point sensible. Partagez-la : on adore lire les commentaires de ceux qui n'ont pas dépassé le titre.