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Forêts brûlées : une pétition réclamerait « trois ans sans randonneurs, le temps que la mousse repousse »

Forêts brûlées : une pétition réclamerait « trois ans sans randonneurs, le temps que la mousse repousse »
© La Gazette du Sous-Bois

Le massif est noir, encore. Les troncs calcinés griffent un ciel gris, la cendre crisse sous les semelles, et pourtant, déjà, entre deux souches, une pousse verte pointe, obstinée. C'est cette image fragile qu'invoquerait une pétition dont La Gazette du Sous-Bois a eu connaissance — mais pas dans le sens que l'on croit. Après les appels bien réels à suspendre la chasse trois ans dans les forêts incendiées, une contre-pétition circulerait, réclamant, elle, trois ans sans randonneurs, « le temps que la mousse repousse et que les jeunes pousses tiennent ».

La logique du miroir est imparable, et c'est ce qui la rend savoureuse. Si l'on peut demander l'exclusion d'un usage au nom de la fragilité du milieu, pourquoi pas les autres ? Le promeneur piétine, tasse, cueille, dérange autant que quiconque une repousse qui ne demande qu'à s'installer. « On veut protéger la forêt de tous ses visiteurs, pas seulement des uns », plaide, avec une mauvaise foi désarmante, l'un des auteurs supposés du texte.

Dix jours, pas trois ans

Le plus cocasse, c'est que le droit, lui, ne connaît ni les uns ni les autres. Le code de l'environnement permet au préfet de suspendre certaines activités dans un massif sinistré, mais pour dix jours renouvelables, pas pour trois ans, et sans viser une catégorie d'usagers plutôt qu'une autre. La pétition, comme sa jumelle anti-chasse, se heurterait donc au même mur : celui d'un texte sobre, mesuré, qui refuse obstinément de faire de la fragilité d'une forêt le prétexte d'une exclusion durable.

Qu'importe : la contre-pétition aurait déjà ses partisans et ses détracteurs, ses pétitions concurrentes et ses sous-pétitions. Les offices de tourisme s'inquiètent pour la saison ; les associations de marche crient à l'atteinte à la liberté d'aller et venir ; et quelque part, un fonctionnaire épuisé range le tout dans un classeur intitulé, sobrement, « à ne pas prendre au sérieux ». Les chevreuils, prudemment, ne se prononcent pas — mais on les soupçonne d'apprécier le calme.

Le miroir tendu au débat

Derrière la farce, il y a une vérité que la Gazette aime rappeler : une forêt brûlée n'a besoin ni de pétition, ni de contre-pétition, mais de temps, de silence et d'un peu de bon sens partagé. Vouloir en exclure les uns ou les autres, c'est confondre la cause et le bouc émissaire. On retrouve exactement ce travers ailleurs dans nos colonnes, qu'il s'agisse du loup qu'on voudrait salarier ou des sangliers qu'on voudrait réguler à l'arc en pleine ville. Notre rubrique Territoires est pleine de ces disputes où chacun désigne l'autre comme le vrai coupable.

« La forêt, elle, ne pétitionne pas, sourit un vieux forestier en s'accroupissant près d'une pousse. Elle repart. Toujours. Il suffit qu'on lui fiche la paix. » Il caresse la jeune tige, se relève, et ajoute : « Ce dont elle a le moins besoin, c'est qu'on se dispute au-dessus d'elle pour savoir qui a le droit de la regarder pousser. »

La contre-pétition prévoirait, dans un souci d'équité parfaitement absurde, une liste d'exceptions dûment négociées : les cueilleurs à faible empreinte, les photographes immobiles et silencieux, les scientifiques munis d'un badge. Chacun réclamerait aussitôt son statut dérogatoire, et l'on verrait fleurir, à l'entrée des massifs, des panneaux plus longs qu'un règlement de copropriété.

« À ce compte-là, ironise le forestier, autant fermer la forêt à tout le monde et la rouvrir dans un siècle, quand plus personne ne saura à quoi elle sert. » Il ramasse une pomme de pin roussie, la fait tourner entre ses doigts. « Une forêt, ça vit avec ceux qui la fréquentent, pas contre eux. Le reste, c'est de la paperasse qui prend feu encore mieux que les pins. »

Aucun massif n'interdira les promeneurs trois ans, pas plus qu'il n'a interdit la chasse pour la même durée. La Gazette du Sous-Bois est un journal satirique : on retourne ici à l'envoyeur une demande bien réelle, pour montrer, par l'effet miroir, à quel point elle vacille dès qu'on l'applique à soi. La forêt brûlée a besoin de temps, pas de tribunaux ni de tribunes. Et si cette contre-pétition vous a fait bondir, demandez-vous ce que vous pensiez de l'originale.