Sécurité en forêt : un décret imposera aux promeneurs de réserver leur passage les jours de battue
Il y a des matins où l'on croit avoir tout vu, et puis un projet de décret vous détrompe. Celui-là, que La Gazette du Sous-Bois a lu deux fois pour être sûre, tient en une phrase qui va faire grincer beaucoup de gourdes en inox : à partir de la saison prochaine, les promeneurs, vététistes et cueilleurs de champignons devraient réserver leur créneau d'entrée en forêt domaniale les jours de battue au grand gibier. On a longtemps sommé les chasseurs de s'effacer devant tout le monde ; le balancier, pour une fois, repartirait dans l'autre sens.
Le raisonnement des rédacteurs a le mérite de la symétrie. Depuis des années, les pétitions pour un « dimanche sans chasse » tombent comme les feuilles en novembre. Plutôt que de suspendre la chasse, le texte encadrerait la présence des autres usagers. « On a passé vingt ans à demander aux chasseurs de porter de l'orange, de baliser, de prévenir la mairie. On propose juste que la forêt de travail devienne un peu réciproque », résume un fonctionnaire que nous appellerons Bernard, parce qu'il nous a demandé de ne pas donner son nom et que Bernard lui allait bien.
Une réservation, un dossard, un QR code et beaucoup de patience
Dans le détail, chaque usager devrait s'inscrire au moins 48 heures à l'avance sur une application baptisée « MaForêt », y renseigner son itinéraire, son heure de passage et, nouveauté, son « intention de cueillette ». Les jours de battue, la priorité de circulation reviendrait aux équipages ; les sentiers concernés afficheraient un QR code à scanner à l'entrée. Tout passage non déclaré serait passible d'une amende forfaitaire de 135 euros, portée à 375 en cas de « récidive dominicale ».
On imagine déjà la scène : un couple de citadins, chaussures neuves et thermos de thé vert, découvrant à l'orée du bois qu'il leur manque un créneau. L'application, elle, afficherait un message d'une douceur toute administrative : « Votre demande est en cours de traitement. Temps d'attente estimé : la prochaine lune. »
Trois coups de trompe et une prime anti-dérangement
Le dispositif prévoit une montée en charge progressive, ce qui, en langage de décret, veut dire que le pire est pour plus tard. Dès l'automne, les contrevenants récidivistes se verraient imposer un « stage de sensibilisation au monde rural » d'une demi-journée, animé, dit-on, par un ancien garde-chasse peu réputé pour sa tendresse. L'application inviterait aussi les promeneurs à signaler leur présence « par trois coups de trompe brefs » à l'approche d'une ligne de tir — une fonctionnalité « encore à l'étude », précise-t-on, ce qui n'engage à rien mais fait rêver.
Cerise sur le brancard : une prime « anti-dérangement » de 20 euros récompenserait les marcheurs qui renoncent spontanément à leur sortie un jour de battue. Son financement serait assuré par une contribution assise sur les gourdes en inox et les bâtons de marche télescopiques — les deux totems du randonneur moderne, désormais taxés comme le tabac. Les fédérations de chasseurs saluent « une reconnaissance de bon sens » ; les associations de randonnée dénoncent « une privatisation rampante de la nature » ; un maire rural, lui, retient surtout « l'occasion de faire enfin respecter le silence en forêt le dimanche matin ». Le même débat, au fond, que celui qui agite déjà nos pages Réglementation, où l'on a vu la justice s'en prendre aux sangliers eux-mêmes.
Reste la question que personne n'ose poser : qui contrôlera les créneaux ? La réponse, souffle-t-on, se trouverait du côté d'un autre projet, celui d'un chef de file fluo obligatoire par groupe de marcheurs. La forêt, décidément, se remplit de responsables.
Vous êtes encore là ? Alors vous faites partie des 3 % de lecteurs qui vont au bout avant de s'indigner sur les réseaux. Bonne nouvelle : ce décret n'existe pas, l'application « MaForêt » non plus, et personne ne vous obligera à sonner de la trompe pour cueillir des girolles. La Gazette du Sous-Bois est un journal satirique : on prend un débat bien réel — le partage de la forêt — et on inverse les rôles, juste pour voir la tête que ça fait. Si vous y avez cru une seconde, c'est peut-être que la réalité n'en est pas toujours si loin. Et si vous partagez cet article en hurlant au scandale sans l'avoir lu jusqu'ici… c'est un peu le but. Bienvenue dans le sous-bois.