Permis de chasser à l'arc : les archers de loisir sommés de prouver qu'ils visent autre chose qu'une cible en mousse
Dans le gymnase, tout est parfait. La cible est fluo, la distance affichée au sol, la température idéale, la flèche récupérée en trois pas sur un sol plat. L'archer de loisir décoche, groupe ses tirs au centre, et rentre chez lui satisfait, à juste titre. Mais la forêt, elle, ne ressemble à aucun gymnase — et c'est tout l'objet d'un projet que La Gazette du Sous-Bois a pu consulter, qui accompagnerait le développement bien réel du permis de chasser à l'arc d'un « test de réalité » destiné aux tireurs venus du stand.
Rappelons le contexte, car il n'a rien d'imaginaire : la chasse à l'arc, voie d'entrée sans maniement d'arme à feu, séduit de plus en plus de nouveaux pratiquants, dont beaucoup viennent du tir sportif sur cible. Excellente nouvelle, à un détail près : viser un rond de couleur à dix mètres, en salle, n'a pas grand-chose à voir avec estimer une distance dans un sous-bois en pente, sous le vent, la lumière rasante et l'émotion au ventre.
Le vent, le relief et la patience
Le fameux « test de réalité » se déroulerait donc hors les murs. Fini le pas de tir climatisé et la mousse à distance connue : place au dénivelé, aux fougères qui avalent les flèches, à l'attente immobile qui engourdit les doigts, et à cette vérité que tout chasseur à l'arc apprend un jour ou l'autre — l'animal ne se met jamais à la bonne distance, ni dans la bonne lumière. « Tirer sur un rond de couleur, tout le monde sait faire au bout d'un mois, résume Aubin Ferrière, archer chasseur et personnage de notre invention. La forêt, elle, ne prévient pas, ne se répète pas, et ne vous rend pas vos flèches. »
Le protocole envisagé aurait de quoi refroidir les plus assurés : estimation de distances sans télémètre, reconnaissance d'anatomie pour un tir net et éthique, épreuve d'approche silencieuse, et même un module de « gestion de la déception », car la chasse à l'arc est d'abord une école de bredouilles. On imagine le champion de salle, médailles au cou, découvrant qu'il vient de passer quatre heures assis dans l'humidité pour ne rien voir du tout — et comprenant, enfin, de quoi il s'agit vraiment.
Une exigence, pas une brimade
Car il ne s'agit pas de moquer les archers de loisir, dont beaucoup sont d'excellents tireurs et de futurs chasseurs remarquables. Il s'agit de rappeler que la précision technique n'est qu'une brique parmi d'autres : lecture d'animal, éthique du tir, patience, humilité. C'est cette exigence qui distingue le geste sportif du geste de chasse, et on la retrouve, sous d'autres formes, dans tout ce que documente notre rubrique Réglementation — depuis les subtilités du matériel, comme cette jumelle à télémètre devenue folle, jusqu'aux arcanes juridiques de la vénerie du blaireau.
Les clubs de tir sur cible, contactés, saluent l'idée du bout des lèvres, tout en concédant, dans un souffle, que leurs meilleurs pointeurs peinent parfois à retrouver une flèche perdue dans les ronces. « Le stand forme la main, conclut Aubin. La forêt, elle, forme l'homme. » On ne saurait mieux dire.
Le protocole envisagerait même une épreuve finale d'un genre inédit : passer une matinée entière à l'affût sans décocher une seule flèche, puis rédiger un compte rendu expliquant pourquoi. « C'est l'examen le plus difficile, sourit Aubin. Un tireur de salle veut toujours tirer. Un chasseur, lui, apprend d'abord à ne pas tirer. » La nuance, invisible sur une cible en mousse, fait pourtant toute la différence dans le sous-bois.
Les moniteurs y verraient l'occasion de transmettre une éthique autant qu'une technique : distance de sécurité, angle du tir, respect absolu de l'animal. Rien d'une brimade, donc — plutôt un rite de passage, celui qui sépare le geste sportif du geste responsable.
Rassurez-vous, personne ne vous testera dans les ronces avant de vous laisser tirer. La Gazette du Sous-Bois est un journal satirique — mais celui-ci est un satirique bienveillant, presque tendre. Car le permis de chasser à l'arc, lui, se dessine pour de vrai, et il demande, ça oui, un peu plus qu'une cible en mousse à dix mètres : de la patience, de l'éthique, et le goût des bredouilles. Le reste, le « module de gestion de la déception », c'était pour rire. Quoique.