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Vénerie du blaireau : un tribunal reconnaîtrait au blaireau le droit à un conseil avant toute battue

Vénerie du blaireau : un tribunal reconnaîtrait au blaireau le droit à un conseil avant toute battue
© La Gazette du Sous-Bois

Il fallait bien que cela arrive un jour. À force d'attaquer les arrêtés, de contester les périodes complémentaires et de disséquer chaque virgule des préfectures, le contentieux autour de la vénerie sous terre du blaireau a fini par produire une décision d'un genre inédit. Selon un jugement que La Gazette du Sous-Bois a pu consulter, un tribunal aurait reconnu au blaireau un « droit à la défense ». En clair : plus aucune opération de déterrage ne pourrait débuter sans qu'un « référent défense » ait été dûment informé, soixante-douze heures à l'avance.

La logique des requérants, il faut le reconnaître, ne manque pas d'une certaine tenue. « Si l'on encadre à ce point l'arrêté qui autorise, pourquoi ne pas reconnaître des garanties à celui qui subit ? », plaide maître Ombeline Frayssinet, avocate d'un collectif dont nous inventons le nom, car les vrais protagonistes de ces affaires n'aiment rien tant que voir le leur imprimé. Les équipages de déterrage, eux, s'interrogent surtout sur un point resté dans l'ombre du jugement : comment, concrètement, notifie-t-on un blaireau ?

Un formulaire, un délai, un observateur assermenté

Le dispositif imaginé par la décision est d'une minutie réjouissante. Il faudrait remplir un formulaire en trois exemplaires, respecter un délai de rétractation de quinze jours et assurer la présence d'un observateur assermenté pendant toute l'opération. En cas d'oubli d'une seule case, l'ensemble serait frappé de nullité, le blaireau étant réputé « n'avoir pas été entendu » — formule que les juristes réservent d'ordinaire aux prévenus, rarement aux mustélidés.

Le texte pousserait le raffinement plus loin encore. On y trouverait un « droit à un interprète », au cas où l'animal ne comprendrait pas le français administratif — ce qui, entre nous, arrive aussi à bien des humains. Un « délai de réflexion nocturne » serait accordé, le blaireau étant, chacun le sait, un travailleur de nuit. Et l'on prévoirait même une « médiation préalable obligatoire », séance au cours de laquelle un conciliateur tenterait de rapprocher les points de vue de l'équipage et de la bête. On paierait cher pour assister au premier rendez-vous.

On imagine la lettre recommandée glissée à l'entrée du terrier, l'accusé de réception que personne ne signe, et l'observateur assermenté, carnet à la main, notant scrupuleusement que « l'intéressé n'a pas souhaité s'exprimer ». La scène tient du vaudeville de sous-bois, et l'on se prend à espérer, presque, qu'elle soit vraie, pour le seul plaisir de voir un huissier attendre sous la pluie qu'un blaireau daigne accuser réception.

Le blaireau, cette victime qui dort

Ce qui frappe, dans cette histoire, c'est la constance du mécanisme. Chaque saison, la même horlogerie juridique s'abat sur les mêmes pratiques, et chaque saison elle gagne un cran de sophistication. Le blaireau d'aujourd'hui, le sanglier de demain : on retrouve la même inflation de procédures dans le dossier voisin de la liste des espèces classées nuisibles, où l'on ne sait plus très bien qui protège qui, ni contre quoi. Nos lecteurs assidus retrouveront le fil de ces batailles dans toute notre rubrique Réglementation, devenue un véritable feuilleton à épisodes.

Un vieux déterreur du Morbihan, moustache grise et sourire en coin, résume l'affaire à sa manière. « Nous, on connaît le blaireau depuis toujours. On sait où il vit, comment il creuse, ce qu'il mange, à quelle heure il sort. Eux le découvrent au tribunal, et voudraient nous apprendre à le respecter. » Il tire sur sa cigarette, contemple la coulée fraîche devant lui, puis lâche, songeur : « Et le jour où il exigera des dommages et intérêts, on les paie en vers de terre ? » Personne, à ce stade, n'a su lui répondre — et l'on comprend son inquiétude, car dans le sous-bois d'aujourd'hui, plus aucune hypothèse, si baroque soit-elle, n'est vraiment à écarter.

Non, le blaireau n'a pas d'avocat, et aucun tribunal ne lui a reconnu le droit au silence ni celui à un interprète. La Gazette du Sous-Bois est un journal satirique : on part du vrai bras de fer juridique autour de la vénerie — celui-là bien réel, et sérieux — pour le pousser d'un cran de trop, jusqu'au fond du terrier. Si l'idée d'un blaireau au prétoire vous a fait bondir, dans un sens ou dans l'autre, c'est que la caricature a fait mouche. Reste à savoir de quel côté vous avez ri — et si vous partagez sans avoir lu jusqu'ici, ne vous vexez pas : le blaireau non plus n'aime pas qu'on le dérange en pleine sieste.