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ESOD : la liste des nuisibles s'enrichirait du « drone de loisir » et du « promeneur non déclaré »

ESOD : la liste des nuisibles s'enrichirait du « drone de loisir » et du « promeneur non déclaré »
© La Gazette du Sous-Bois

Chaque été, le même rituel recommence : la liste des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts — les ESOD, pour les initiés, les « nuisibles » pour tout le monde — est renouvelée au terme d'une consultation publique aussi paisible qu'un stand de tir un matin d'ouverture. Cette année, pourtant, le projet contiendrait une surprise de taille. Selon un document que La Gazette du Sous-Bois a pu consulter, deux espèces inédites feraient leur entrée dans la fameuse liste : le « drone de loisir » et le « promeneur non déclaré ».

Le motif invoqué, tenez-vous bien, est exactement celui que l'on oppose depuis toujours au renard et à la corneille : « dérangement de la faune, destruction des couvées, prélèvement non maîtrisé des ressources du milieu ». « On nous a longtemps expliqué que certaines espèces devaient figurer sur cette liste des mal-aimés parce qu'elles perturbaient l'équilibre naturel. Nous avons simplement proposé d'élargir un peu la famille », commente Gaëtan Louvière, responsable cynégétique fictif à l'œil malicieux et à l'ironie affûtée comme un couteau de dépouille.

Une période de prélèvement, du 1er septembre au 28 février

Le texte fixerait une période durant laquelle ces « nouvelles espèces » pourraient être « régulées » — comprendre, fermement priées de rentrer chez elles. Pour le promeneur non déclaré, cela se traduirait par un rappel à l'ordre, puis une contravention, puis, en cas de récidive caractérisée, une inscription sur un registre départemental des « usagers susceptibles de nuire à la quiétude du milieu ». On croit lire une farce ; on lit, en réalité, la simple transposition du vocabulaire qui s'applique déjà, très sérieusement, à d'autres.

Le document distinguerait d'ailleurs plusieurs sous-catégories, avec la rigueur d'un naturaliste du dimanche. Le « promeneur bruyant », reconnaissable à son enceinte portable, y côtoierait le « cueilleur intégral », qui ne laisse rien, et le « photographe d'affût sauvage », capable de piétiner une frayère pour un cliché de héron au lever du jour. Chacun se verrait attribuer un coefficient de nuisance, comme au concours agricole, mais à l'envers.

Pour le drone de loisir, enfin, l'affaire se corse. Nul ne sait très bien comment l'on « prélève » un appareil en vol stationnaire au-dessus d'une frayère, sinon en attendant, avec la patience du chasseur à la passée, la fin de sa batterie. Le document envisagerait donc, sur ce point délicat, la création d'un « permis de survol de zone sensible », d'une signalétique dédiée et d'une amende dont le montant grimperait avec l'altitude — barème que les juristes qualifient déjà, en privé, de « tarif au mètre de honte ».

Le grand renversement du sous-bois

Ce qui rend l'affaire savoureuse, c'est le renversement complet de perspective. Pendant des décennies, la question était : qui a le droit de prélever quoi, et sous quelles conditions ? La voici retournée comme une motte de labour : et si les gêneurs d'aujourd'hui devenaient les gibiers réglementaires de demain ? On retrouve la même inversion de logique dans un autre de nos dossiers, celui du collier GPS bientôt posé sur les randonneurs égarés — comme si, à force de vouloir tout tracer, l'époque avait fini par tracer les traceurs eux-mêmes.

Les curieux prolongeront la lecture avec l'affaire, voisine et non moins byzantine, de la défense juridique du blaireau, ou avec l'ensemble de notre rubrique Réglementation, où le bon sens et l'absurde se disputent chaque virgule. « Au fond, conclut Gaëtan Louvière en rangeant ses jumelles dans leur étui de cuir usé, on demande juste l'égalité de traitement. Si mon renard est nuisible parce qu'il dérange, le drone qui filme mon affût à trois mètres l'est peut-être un peu aussi. » Difficile de lui donner tort. Facile, en revanche, de sourire.

Personne ne va « réguler » les promeneurs, et les drones dorment tranquilles dans leur mallette en mousse. La Gazette du Sous-Bois est un journal satirique : on prend la vraie polémique, très sérieuse, sur les espèces classées nuisibles, et on retourne la loupe vers ceux qui la brandissent. Vous avez cru, l'espace d'un paragraphe, qu'on inscrivait les randonneurs et les drones au tableau de chasse ? La forêt vous remercie de votre attention — et vous rappelle qu'elle n'a jamais eu besoin d'une liste pour savoir qui la dérange vraiment.