Après le chien, l'État autoriserait le collier GPS sur les randonneurs égarés
Il y a des arrêtés qui inspirent bien au-delà de ce qu'ils prévoyaient. Celui qui a autorisé le suivi GPS du chien de chasse — avant, pendant et après l'action — visait une chose simple et utile : retrouver un auxiliaire égaré, blessé ou emporté par une voie trop chaude. Personne n'avait imaginé qu'il servirait un jour de modèle à un tout autre usage. Selon un projet que La Gazette du Sous-Bois a pu consulter, l'État envisagerait d'étendre le collier connecté à une nouvelle catégorie d'égarés notoires : les randonneurs.
L'argument, il faut l'avouer, est presque imparable. Le promeneur perdu est, statistiquement, l'une des premières causes d'intervention des secours en forêt et en montagne. Alors, puisque la technologie sait déjà en permanence où se trouve le chien, pourquoi laisser l'humain dans un tel dénuement numérique ? « Le chien accepte très bien son collier. Nous ne voyons pas où serait le problème », glisse, avec un flegme désarmant, un promoteur du dispositif que nous appellerons monsieur Delcroix, faute d'avoir obtenu qu'il assume publiquement une phrase pareille.
Léger, connecté, déculpabilisant
Le modèle envisagé se veut « léger et déculpabilisant » — deux adjectifs qui, accolés, sentent déjà la salle de réunion et le paperboard. Il enverrait une alerte automatique dès que son porteur quitte le sentier balisé, un SMS de rappel après trois cents mètres de hors-piste, puis, en dernier recours, déclencherait un appel aux secours avec position exacte et, précise le document, « portrait-robot vestimentaire ». Une version « famille » permettrait de suivre la position de chaque membre du groupe sur une carte partagée, transformant la promenade dominicale en exercice de contrôle aérien.
Le catalogue des options, si l'on ose dire, ferait pâlir un vendeur de voitures. Un « mode enfant » vibrerait pour signaler l'éloignement d'un petit ; un « mode senior » alerterait la famille en cas d'immobilité prolongée ; un « mode influenceur », enfin, publierait automatiquement l'itinéraire sur les réseaux, avec dénivelé et calories, car il ne suffit plus de marcher, il faut le prouver. On propose même, en supplément, une gravure du prénom sur la boucle — détail qui, sur un chien, attendrit, et sur un humain, inquiète un peu.
Les pelotons de montagne, contactés, salueraient « un gain de temps considérable » et « la fin des recherches à l'aveugle dans le brouillard ». On les comprend, et l'on ne peut leur donner tort. Reste que le tableau d'ensemble a quelque chose de vertigineux : le même promeneur qui, dans nos colonnes, a failli être classé parmi les nuisibles, se verrait aujourd'hui équipé et suivi comme un chien courant.
La pile, la liberté et le refus de rapporter
Deux obstacles, cependant, résistent obstinément aux ingénieurs. Le premier est trivial mais fatal : qui, honnêtement, pensera à recharger la pile avant la sortie du dimanche, quand on oublie déjà la gourde et la carte ? Le second est plus profond, presque philosophique. Un chien bien dressé rapporte ; un randonneur, non. Que faire de celui qui, sommé par une voix synthétique de « regagner le sentier », s'enfonce délibérément dans les fougères par pur esprit de contradiction, voire par simple goût du silence ? Le document reste prudemment muet. On devine, entre les lignes, l'ombre d'une future amende, cousine de celles qui pleuvent déjà dans notre rubrique Matériel, où la moindre jumelle réclame désormais un abonnement.
« Au fond, résume un guide de haute montagne en resserrant les lacets de ses grosses chaussures, on veut la liberté du grand air et la sécurité du canapé. Le collier, c'est le compromis parfait — pour tout le monde, sauf pour celui qui le porte. » Il marque une pause, regarde la crête qui rougit, et ajoute, presque pour lui-même : « Se perdre un peu, ça faisait partie du voyage. »
On ne va pas mettre les randonneurs en laisse, rassurez-vous, et vous pouvez tâter votre nuque : elle est libre, et le restera. La Gazette du Sous-Bois est un journal satirique : on prend une vraie mesure — le GPS canin, réellement bien utile — et on l'accroche au cou de qui ne s'y attendait pas, histoire de rire un peu de ce monde qui veut tout tracer, tout suivre, tout prévoir. Si vous avez cru une seconde à ce collier pour promeneurs, c'est peut-être que l'époque, elle, y songe déjà tout bas. Restez sur le sentier. Ou pas. C'est encore vous qui décidez — et c'est bien ça, le plus précieux.