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Sécurité : les cueilleurs devraient suivre une « formation décennale » avant de retourner en forêt

Sécurité : les cueilleurs devraient suivre une « formation décennale » avant de retourner en forêt
© La Gazette du Sous-Bois

Elle s'appelle Huguette, elle a soixante-douze ans, un panier d'osier au bras et quarante saisons de cèpes derrière elle. Ce matin d'octobre, à l'orée du bois qu'elle connaît mieux que sa cuisine, un panneau flambant neuf l'arrête net : « Accès réservé aux détenteurs d'une attestation de formation à jour. » Huguette n'en a pas. Personne n'en a. Car cette formation, révélée par un document que La Gazette du Sous-Bois a pu consulter, n'existe pas encore — mais elle pourrait, et c'est déjà tout le problème.

L'idée est d'une symétrie parfaite, presque trop belle. Puisqu'on impose aux chasseurs une formation décennale de sécurité, obligatoire, chronométrée, sanctionnée, pourquoi les cueilleurs de champignons et les ramasseurs de bois y échapperaient-ils ? « On demande bien aux chasseurs de se former sans cesse. Pourquoi la forêt s'arrêterait-elle à eux ? », interroge, faussement candide, un responsable qui a manifestement savouré chaque mot de sa proposition.

Orientation, mycologie et conduite à tenir face à un panneau

Le programme du recyclage, à valider tous les dix ans, aurait de quoi occuper une journée entière. Au menu : orientation sans téléphone, reconnaissance des espèces comestibles, respect des sentiers, gestion des déchets, et un module intitulé, sans rire, « conduite à tenir face à un panneau d'information ». Un examen final validerait le tout, avec une note éliminatoire à l'épreuve pratique de « ramassage responsable en milieu sensible ».

Les récidivistes — ceux qui cueilleraient sans attestation — se verraient proposer un « stage de rattrapage citoyen », animé par un agent assermenté peu réputé pour son indulgence. Et pour les plus rétifs, le texte évoque, du bout de la plume, un « quota de cueillette encadré » et une application de déclaration — cousine germaine de celle que nous décrivons dans notre enquête sur le champignon qu'il faudrait scanner avant le panier. La boucle, comme toujours, se referme.

Pas d'attestation, pas de girolles

Sans certificat à jour, l'accès aux forêts domaniales serait purement et simplement suspendu. Les amateurs de cèpes du dimanche, jusque-là persuadés qu'il suffisait d'un couteau, d'un panier et d'un secret de famille sur les bons coins, découvrent qu'ils pourraient devoir réviser. Certains, dit-on, envisageraient déjà de créer un « chef de file cueillette » par groupe, sur le modèle du chef de file fluo imaginé pour les randonneurs. Le sous-bois, décidément, se peuple de responsables certifiés.

« De mon temps, soupire Huguette en refermant son couteau, on apprenait les champignons avec sa grand-mère, à genoux dans la mousse. Le seul examen, c'était de ne pas s'empoisonner. » Elle marque un temps, regarde le panneau, puis conclut avec un sourire de renarde : « Remarquez, une formation décennale, à mon âge, c'est presque un abonnement à vie. » On l'aura compris : la sagesse, elle, ne se recycle pas tous les dix ans. Le reste de nos histoires réglementaires attend nos lecteurs en rubrique Sécurité.

Le projet ne s'arrêterait pas là. Il instaurerait un « carnet de cueilleur » à points, un autocollant millésimé à coller sur le panier et une « journée nationale de la cueillette responsable » assortie d'un questionnaire en ligne. Les mauvais élèves — ceux qui confondent encore le bolet et son cousin indigeste — repasseraient l'examen à l'automne, entre deux averses, sous l'œil d'un jury d'assermentés en cirés fluo.

« Le pire, glisse un mycologue amateur du Limousin, c'est qu'ils appellent ça sécuriser la pratique. Comme si la forêt n'avait pas très bien sécurisé les imprudents toute seule, depuis toujours, avec une efficacité redoutable. » Il rit, puis se ravise : « Bon, ça, ne l'écrivez pas, on va croire que je souhaite du mal aux gens. »

Aucune formation n'est exigée pour ramasser des champignons — à part, bien sûr, savoir lesquels ne pas mettre dans l'omelette. La Gazette du Sous-Bois est un journal satirique : on renvoie ici aux autres les contraintes que l'on impose, à juste titre, aux chasseurs, histoire de voir si elles paraissent toujours aussi évidentes vues d'en face. La vraie formation décennale de sécurité, elle, existe bel et bien. Pour nous. Et Huguette, rassurez-vous, cueille toujours ses cèpes en paix.