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Canicule : les chiens de chasse obtiendraient la climatisation avant les open-spaces parisiens

Canicule : les chiens de chasse obtiendraient la climatisation avant les open-spaces parisiens
© La Gazette du Sous-Bois

Trente-quatre degrés à l'ombre, si tant est qu'il y ait de l'ombre. Sur le layon, le chien n'a rien remarqué du thermomètre : il quête, il tire, il donne de la voix, exactement comme au premier jour de novembre. C'est là tout le drame du chien de chasse au travail — il ne s'arrête jamais quand il a trop chaud —, et c'est précisément ce qui aurait inspiré aux pouvoirs publics une idée que La Gazette du Sous-Bois a pu consulter : reconnaître l'animal comme « travailleur exposé » à la chaleur, avec droit prioritaire à la climatisation.

La mesure part d'un constat que tout véritable maître connaît dans ses tripes. Un chien qui travaille ne se plaint pas, ne réclame pas de pause, ne consulte pas la météo. Il se donne, entièrement, jusqu'au coup de chaleur qui, chez lui, ne prévient pas. Lui accorder une protection tombe donc sous le sens. Là où l'histoire dérape délicieusement, c'est dans l'ordre de priorité retenu.

Priorité à celui qui ne peut pas se plaindre

Car le texte, dans sa logique implacable, ferait passer le chien de chasse au travail devant une autre population exposée : le salarié d'open-space. Vous savez, ce troisième étage sans fenêtre où le ventilateur d'appoint fait l'objet, chaque été, d'une guerre de tranchées feutrée. « Le chien, lui, a un vrai motif », trancherait un vétérinaire consultant, avec une candeur qui vaut son pesant de croquettes. Le salarié, sommé de justifier son inconfort par une note de service, apprécierait modérément la comparaison.

Le dispositif prévoirait un barème de tolérance thermique, des « pauses fraîcheur » obligatoires à l'ombre et à l'eau, et même une « prime de canicule » versée sous forme de repos supplémentaire. Un vétérinaire agréé pourrait délivrer un « certificat d'inaptitude temporaire à la quête » au-dessus d'un certain seuil — document que le chien, contrairement à bien des humains, n'aurait aucun moyen de falsifier.

Le bon sens, malgré tout

Derrière la farce se cache un vrai rappel, et il mérite qu'on s'y arrête. Le coup de chaleur du chien de chasse est un danger mortel, sournois, rapide. De l'eau en quantité, de l'ombre, des sorties tôt le matin, une surveillance de chaque instant : voilà ce qui sauve, et cela n'a rien d'une plaisanterie. Nos lecteurs retrouveront ces conseils, sans ironie cette fois, dans toute notre rubrique Chiens.

Le reste, en revanche, prête à sourire — et rejoint une tendance de fond que la Gazette observe partout. Après le chien reconnu travailleur, pourquoi pas le chien tracé, suivi, connecté ? C'est déjà tout le sujet de notre enquête sur le collier GPS que l'on voudrait étendre aux randonneurs. Et si le chien passe désormais avant le citadin pour la climatisation, on n'ose imaginer la tête des riverains le jour où les sangliers réclameront la leur, en ville.

« Mon chien a plus de bon sens que bien des règlements, glisse un conducteur de meute de la Sologne en remplissant la gamelle à l'ombre d'un chêne. Il sait quand s'arrêter. C'est nous qui l'oublions parfois. » Puis, en essuyant la truffe fumante de son braque : « La climatisation, il s'en moque. Ce qu'il veut, c'est de l'eau fraîche et un maître qui veille. »

Le texte irait jusqu'à prévoir un « registre départemental des chiens exposés », une couleur de médaille par seuil de température et, pour les fortes chaleurs, un « droit au repos ombragé » que le maître devrait respecter sous peine d'avertissement. On imagine déjà l'inspecteur du travail canin, calepin à la main, vérifiant que le griffon a bien pris ses quinze minutes d'ombre réglementaires.

« Franchement, si mon chien avait un délégué syndical, il réclamerait surtout des saucisses et moins de réunions », s'amuse un piqueux du Perche, qui vide sa gourde dans la gamelle avant même d'y songer pour lui-même. Chez lui, la convention collective tient en trois mots : eau, ombre, affection.

Votre open-space n'a rien perdu, votre chien non plus : aucune loi ne classe le braque avant le comptable pour la climatisation. La Gazette du Sous-Bois est un journal satirique. Mais le fond, lui, est on ne peut plus sérieux : le coup de chaleur guette d'abord celui qui ne sait pas dire qu'il a trop chaud. De l'eau, de l'ombre, des pauses, une sortie à l'aube. Le reste — la prime, le certificat, la guerre du ventilateur — c'était pour vous faire sourire. Le chien, lui, ne demandait qu'un peu d'ombre.