Concours de chiens courants : le nouveau référentiel de notation impose désormais un « indice de bien-être sonore » pour les voix de meute
C'est un document de quarante-sept pages, visé par trois directions générales et agrémenté de neuf annexes techniques, qui est venu percuter le monde feutré des concours de meute à quelques semaines seulement du début de la saison cynégétique. L'arrêté interministériel n° 2025-ENV-0341, cosigné par le ministère de la Transition écologique et le secrétariat d'État chargé du Bien-Être Animal, instaure ce que ses rédacteurs appellent pudiquement un « cadre d'évaluation acoustique et comportementale » applicable à toute épreuve réunissant des chiens courants sur le territoire national.
En clair : à compter du 1er septembre 2025, chaque jury de concours de meute devra être accompagné d'un acousticien certifié, recruté sur une liste officielle établie par l'Agence nationale pour la Qualité Sonore en Milieu Naturel — organisme créé par décret en avril dernier et dont le siège social est installé, ironie du calendrier, en plein 15e arrondissement de Paris.
Un « indice de bien-être sonore » qui bouscule un siècle de tradition
La pierre d'achoppement porte un nom : l'IBS, ou Indice de Bien-Être Sonore. Calculé à partir de relevés effectués en temps réel par un sonomètre homologué NF EN 61672, cet indice doit qualifier la voix du chien non plus selon ses seules vertus cynégétiques — régularité, lisibilité, tenue sur la voie — mais selon son impact présumé sur « l'équilibre psycho-acoustique de la faune sauvage et des usagers non-chasseurs du massif ».
Concrètement, une voix du chien jugée trop aiguë, trop soutenue ou présentant ce que l'arrêté nomme un « pic d'intensité anxiogène supérieur à 82 dB(A) sur une durée cumulée de trois minutes » entraîne une pénalité automatique de dix points sur la note d'élevage de la meute. Une voix « dissonante vis-à-vis des espèces avifaunistiques nicheuses » peut, elle, entraîner la disqualification immédiate.
C'est dans ce contexte électrisé qu'a eu lieu, samedi 14 juin dernier, le concours annuel de chiens courants organisé par la Société de Vénerie du Bas-Cantal sur le plateau de Leybros, commune de Saint-Projet-de-Salers. Deux mille trois cents spectateurs attendus. Et, pour la première fois de son histoire centenaire, un homme en blouse blanche équipé d'un trépied, d'un ordinateur portable et d'un casque antibruit installé à deux cents mètres du jury.
Sur le terrain, le chaos s'organise au ralenti
« J'ai cru qu'il réparait la sono », confie Gérard Laffont, président de la société organisatrice, les yeux encore ronds trois jours après les faits. L'homme en question se prénomme Théophile Marchais, acousticien agréé de son état, qui admet volontiers n'avoir « jamais vu de chevreuil en dehors d'un documentaire » mais qui assure maîtriser parfaitement « les protocoles d'évaluation spectrale en environnement semi-ouvert ».
La matinée se passe sans incident majeur. La première meute lancée — sept Anglo-Français tricolores présentés par l'éleveur corrézien Marcel Dumonteil — produit une quête irréprochable, méthodique, couvrant le terrain face au vent avec cette application silencieuse qui distingue les grands chiens de chasse des coureurs du dimanche. Puis vient le défaut, ce moment de vérité que tout connaisseur attend : la perte de la voie, le silence, et la capacité de la meute à se rétablir par le seul travail du nez et la cohésion du groupe.
C'est précisément à ce moment-là que les ennuis commencent. Le chef de meute de Dumonteil, un Anglo-Français de quatre ans répondant au nom de Garibaldi, reprend la voie dans un couloir de fougères et annonce sa trouvaille d'une fanfare puissante, pleine, une de ces voix dont les anciens disent qu'elle « porte à deux vallées ». Sur le sonomètre de Théophile Marchais, l'aiguille frôle 87 dB(A) pendant quatre minutes et dix secondes.
Disqualification immédiate.
Gérard Laffont a tenté de faire valoir que « la voix du chien courant est le seul lien qui subsiste entre le chasseur et une chasse qui se déroule hors de sa vue », que noter un défaut acoustique sur un rétablissement parfait revenait à sanctionner un médecin pour avoir sauvé un malade trop bruyamment. Théophile Marchais a hoché la tête avec bienveillance, noté quelque chose sur son ordinateur, puis a demandé si le pique-nique était compris dans l'accréditation.
L'administration précise, les éleveurs calculent
Contactée par nos soins, la Direction Régionale de l'Environnement d'Auvergne-Rhône-Alpes a transmis une réponse écrite signée de Mme Blandine Croizet, cheffe du bureau Faune Sauvage et Usages Associés. Elle y indique que « l'arrêté ne remet nullement en cause la valeur patrimoniale des concours de chiens courants » et que « les seuils acoustiques ont été définis après consultation d'un panel représentatif de la société civile ».
La composition dudit panel figure en annexe VII. On y trouve deux ornithologues, une psychologue spécialisée en « relations humains-animaux sauvages », un représentant d'une association de randonneurs du Massif central et, au titre des « pratiques cynégétiques », un ancien garde-chasse retraité depuis 2009 qui précise lui-même, dans une note de bas de page, « ne plus pratiquer depuis plusieurs années ».
Du côté des élevages, les calculs sont sombres. Former un bon chien de chasse prend trois à cinq ans. Sélectionner une lignée dotée d'une voix juste, tenue, lisible sur toutes les allures, relève d'un art transmis de génération en génération. Introduire dans cette équation un sonomètre calibré pour des concerts de chambre parisiens, c'est, résume laconiquement Marcel Dumonteil, « demander à un sommelier de noter le vin avec un thermomètre de cuisine ».
Cet article est une satire de La Gazette du Sous-Bois. L'arrêté interministériel n° 2025-ENV-0341, l'Indice de Bien-Être Sonore, l'Agence nationale pour la Qualité Sonore en Milieu Naturel, Théophile Marchais, Blandine Croizet, Gérard Laffont, Marcel Dumonteil et Garibaldi sont entièrement fictifs. Aucune réglementation de ce type n'existe, aucun concours de chiens courants n'a été perturbé de la sorte, et les concours de meute continuent de se dérouler selon les règles traditionnelles qui font leur noblesse depuis plus d'un siècle.