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Un décret impose un « quota émotionnel » dans les clubs de tir pour protéger les nouveaux licenciés du stress de la cible

Un décret impose un « quota émotionnel » dans les clubs de tir pour protéger les nouveaux licenciés du stress de la cible
© La Gazette du Sous-Bois

La Direction Générale des Affaires Réglementaires Sportives et Sécuritaires (DGARSS) a transmis, le 14 octobre dernier, une circulaire confidentielle — rapidement exfiltrée sur plusieurs forums de tireurs sportifs — à l'ensemble des fédérations agréées. Le document, référencé DGARSS/2024-1047-BRT, instaure à titre « expérimental et immédiat » un protocole baptisé Bilan de Résilience Pré-Tir, dit BRT, applicable dans tous les clubs de tir enregistrant plus de quarante nouveaux licenciés FFTir sur une saison glissante. Son objectif officiel : « prévenir les situations de détresse psychologique induites par le contexte sonore et la charge symbolique de la discipline ».

Concrètement, chaque candidat à l'initiation devra, avant même de toucher une arme, produire un formulaire CERFA 17-BRT dûment complété par un « référent bienveillance » agréé — une nouvelle fonction bénévole, naturellement. Ce formulaire comporte vingt-deux items, dont : « Avez-vous déjà regardé un épisode de série policière dans les soixante-douze heures précédant votre venue ? » et « La détonation d'un ballon de baudruche vous procure-t-elle une sensation de vulnérabilité ? ». Toute réponse jugée « à risque » entraîne un report de séance de trente jours, avec orientation vers une « écoute active » dispensée par un vacataire de la mairie.

Un « référent bienveillance » par ligne de tir

Au stand de tir de Châteaugiron-les-Étangs, en Ille-et-Vilaine, le président du club, Gérard Lépinoche, soixante-deux ans, bénévole depuis 1987, a lu la circulaire deux fois avant de vérifier qu'il n'était pas victime d'un canular. « On nous demande de recruter un référent bienveillance par ligne de tir pendant les créneaux d'initiation. On a six lignes. Le club compte onze bénévoles actifs, dont deux ont des problèmes de genou et un qui est à Lanzarote jusqu'en mars. Vous faites le calcul vous-même. »

La circulaire prévoit en effet qu'aucun débutant ne peut s'approcher à moins de deux mètres d'une arme de catégorie B sans la présence simultanée d'un encadrement technique et d'un référent bienveillance, le second devant se tenir « en retrait latéral, dans une posture ouverte et non menaçante ». Le texte ne précise pas si le gilet pare-balle habituel est compatible avec la posture ouverte requise.

Le carnet de tir augmenté d'un volet « ressenti »

Plus surprenante encore : la réforme du carnet de tir. Le document, qui matérialise le parcours progressif du pratiquant vers la détention d'une arme personnelle — six mois de licence, trois séances contrôlées espacées d'au moins deux mois sur douze mois —, devra désormais comporter un volet annexe intitulé « Journal de Ressenti ». À l'issue de chaque séance, le tireur notera, sur une échelle de un à dix, son « niveau de sérénité post-tir », son « rapport à la cible » et, selon la formulation exacte du CERFA annexe, « la qualité de sa réintégration dans le collectif après l'exercice de tir ».

Ces données seront compilées trimestriellement par le club et transmises à la préfecture compétente, qui les agrégera dans un tableau de bord régional baptisé THERMOCHASSE — acronyme dont personne, y compris à la DGARSS, ne semble connaître la signification exacte. « Ils nous ont dit que ça venait d'un bureau de Bruxelles », confie Nadège Fonrousse, secrétaire de la ligue régionale Grand-Ouest, contactée par téléphone. « J'ai demandé lequel. Silence poli. »

Les clubs saturés, mais pas pour les raisons qu'on croit

L'ironie de la situation n'échappe à personne sur le terrain. Les clubs de tir croulent déjà sous l'afflux de nouveaux licenciés FFTir — certaines structures gèrent des listes d'attente de plusieurs mois, faute d'encadrement disponible pour accompagner les débutants. La contrainte réelle, connue de tout dirigeant de club, n'est pas le nombre de lignes ni les créneaux horaires : c'est précisément le manque de bénévoles formés capables de se tenir derrière un novice pendant toute une séance.

La réponse administrative consiste donc à ajouter un bénévole supplémentaire — le fameux référent bienveillance — à chaque créneau d'initiation, tout en alourdissant le carnet de tir d'un formulaire psycho-émotionnel de quatre pages. « On va finir par mettre en place un atelier macramé avant chaque séance pour détendre l'atmosphère », soupire Gérard Lépinoche, dont le club vient de recevoir la version bêta du logiciel THERMOCHASSE — un fichier Excel protégé par un mot de passe que la préfecture n'a pas joint au courriel.

À l'heure où nous publions cet article, la DGARSS n'avait pas répondu à notre demande de commentaire. Un porte-parole de la fédération régionale a simplement indiqué que « les modalités pratiques feraient l'objet d'une réunion de concertation au premier trimestre 2025, sous réserve de disponibilité des salles ».

Révélation obligatoire — La Gazette du Sous-Bois est un journal entièrement satirique. La DGARSS, le décret DGARSS/2024-1047-BRT, le protocole BRT, le logiciel THERMOCHASSE, le formulaire CERFA 17-BRT, le « Journal de Ressenti », ainsi que Gérard Lépinoche et Nadège Fonrousse sont des personnages et des dispositifs purement fictifs. Aucune de ces mesures n'existe. Cet article parodie, avec une affection non dissimulée pour les bénévoles de club qui font tourner la discipline, l'absurdité bureaucratique réelle que les clubs de tir — eux, bien réels et saturés — affrontent au quotidien.